Partout chez Lou Marco, et même dans l'air respiré, règne la musique. Dans un apparent bric à brac mêlant joliment le moderne et l'ancien, les charmes surannés du passé côtoient des audaces inédites. Ici, John Carpenter rencontre les Gorillaz, des géants comme les Stones et Prince voisinent les méconnus Seed et Boby Gentry. Johnny Cash marie sa voix roots aux loops synthétiques d'Aphex Twin et Les Specials troussent Nancy Sinatra dans un recoin aussi obscur que celui de la surf music et du dub, qui emplissent l'endroit de guitares claires et de basses grondantes.
La fille qui tire les ficelles de cette orgie sonique refusera toujours de choisir entre "les trucs sauvages et primitifs, les chansons sophistiquées et les climats étranges". Elle-même curieusement contrastée, comme un petit animal capable d'alterner coups de griffe et patte de velours, a poussé telle une mauvaise herbe au milieu des percussions et autres instruments de son père. Là est née sa fascination pour les vieux synthés, pédales d'effets et "machines de toutes sortes".
Au début des années 2000, Lou s'intéresse essentiellement à la musique de films, mais ne songe guère à chanter. Cependant, son goût inné pour le son l'amène à faire ses armes avec Philippe Vandenhend, ancien professeur à la School of Audio Engineering (SAE) et à traîner dans la caverne d'Ali Baba du fameux arrangeur et électronicien Celmar Engel (Eurythmics, Françoise Hardy, Joe Dassin...).
L'une de ses rencontres s'avérera déterminante : celle de Mirwais, l'ex-Taxi Girl devenu producteur de Madonna, qui l'encourage à chanter et à composer ses propres titres. Elle suit ce conseil avisé et se met à travailler avec le défunt Nikola Acin, critique rock estimé et musicien lui-même, qui signe la moitié des textes de son album. En 2008, elle compose la musique de la pub, "L'Homme" d'Yves Saint Laurent : "Everything Can Go", dont il écrit les paroles.
Entourée de ses acolytes ingénieur du son, Olivier do Espirito Santo et Thomas Bonneau, Lou continue à créer de nouveaux morceaux. Elle collabore également avec le rappeur londonien, The Spectre, auteur du duo "Talk to Me", hypnotique alliage Hip-Hop/Electro qui figure sur le disque. Elle confie enfin la production de cet opus à Julien Chirol et Pierre-Luc Jamain (Feist, Sergent Garcia, Saul Williams...) de Music Unit.
Délivrance se révèle être le meilleur mot pour décrire cet album. De fait, chaque chanson peut s'envisager comme un mantra, qui, mainte fois répété, finit par apaiser les souffrances : hantises, manques, exil... C'est un carrousel où tournent jusqu'au vertige d'envoûtantes ritournelles : obsession amoureuse dans "No One", addiction avec "Cherry Red", cabaret détraqué à la Tom Waits sur "Angry at the Fridge", rengaines possédées pour "God's Asleep" et invocations vaudoues aux paroles hantées telles celles de "Shake the Fever" : "I want the ghosts, the freaks, the broken and the dreamers, if you're a creep or a diva, we gonna shake the fever". Soit, en français dérangé : "Donnez-moi des fantômes, des fêlés et des rêveurs, que vous soyez loser ou diva, nous allons faire monter la fièvre".
Laurence Romance
Concerts
24 mai 2012 - Lou Marco - Bus Palladium, Paris
Contacts
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